Annulation de deux concours à l’Université de Strasbourg
Lundi 12 juillet 2010 // Fusion / UDS
Annulation de deux concours à l’Université de Strasbourg
Communiqué de SUD éducation UdS
SUD éducation UdS a été informé de la suspension de deux concours MCF et PR de sociologie par le CA restreint de l’Université de Strasbourg (UdS) du 4 juin dernier. Cette décision, prise à l’unanimité, est grave dans la mesure où elle prive un laboratoire et un département de deux enseignants-chercheurs pour la prochaine rentrée universitaire. Elle est également inquiétante dans la mesure où elle a été prise sans que l’équipe de la Présidence ne soit en mesure de fournir de justification sérieuse, ce qui lui donne un caractère particulièrement arbitraire. Elle est enfin dangereuse pour le fonctionnement institutionnel de l’UdS dans la mesure où elle désavoue le travail des comités de sélection et où elle conduit l’équipe de la Présidence à prendre la main sur le profilage des postes. Une décision grave
Les deux concours annulés concernent deux postes qui devaient revenir, au sein de l’UFR de sciences sociales, à l’Institut d’urbanisme et d’aménagement régional (IUAR), et être adossés au Centre d’étude et de recherche en sciences sociales (CRESS). Suite à une demande de notification de l’annulation de ces deux concours par la directrice de l’UFR et le directeur du CRESS, il apparaît que les raisons avancées pour justifier cette annulation sont obscures. La Présidence a évoqué ses doutes sur la procédure suivie et a eu l’élégance de préciser que les postes devaient être remis au concours, mais selon des modalités différentes. Le poste de MCF devait être remis au concours au fil de l’eau, tandis que celui de PR devait l’être en session synchronisée l’an prochain. Cette forme d’ingérence de la Présidence dans la gestion de l’UFR apparaît, pour le moins, audacieuse
Par la suite, l’équipe de la Présidence a manifestement cherché à produire des arguments plus consistants. Elle a affirmé dans la presse locale (DNA) qu’elle avait des doutes concernant les modalités de déroulement des concours et qu’elle se posait en garante de l’équité de traitement des candidats. L’équipe du CRESS a alors publié un communiqué, via l’ASES (Association des sociologues enseignants du supérieur), pour rappeler la régularité avec laquelle s’étaient déroulés les deux concours et pour s’interroger sur les différences qui pourraient exister entre les critères d’équité des comités de sélection et ceux de l’équipe de la Présidence. Cet argument de l’équité sort en effet du chapeau après le classement opéré par les comités de sélection, classement qui semble contrarier l’équipe de la Présidence. Y a-t-il des candidats qu’elle aurait voulu voir auditionnés et qui ne l’ont pas été ?
Une décision inquiétante
De fait, une plainte a été envoyée par un candidat n’ayant pas été auditionné sur le poste de MCF. Le CA restreint a annulé un concours sur la base d’une plainte, « preuve » d’un « traitement inéquitable » des candidatures, sans même demander à entendre le président du Comité de sélection concerné, alors que cette possibilité est prévue par l’article 37 des statuts de l’Université de Strasbourg. Pour le poste de PR, l’équipe de la Présidence semble également contrariée devant le choix du candidat classé premier. Elle a évoqué, oralement, une trop grande proximité entre la composition du CdS et le candidat choisi. Pourtant, le CA restreint avait, avec le conseil scientifique, validé la composition d’un comité de sélection qui avait déjà été remanié une première fois. C’est à la demande de la direction des ressources humaines que le comité de sélection avait été resserré sur le profil du poste. Pour mieux pouvoir l’annuler après ? Là encore, l’équipe de la Présidence aurait-elle d’autres candidats à proposer ?
Une décision dangereuse
Avec ces annulations de deux concours destinés à la même structure, le fonctionnement interne de l’UdS se révèle particulièrement problématique. Les conditions d’un traitement équilibré des plaintes des candidats non auditionnés ne sont pas réunies, dans la mesure où elles supposeraient qu’à minima, le président du comité de sélection (CdS) concerné soit entendu par le CA restreint. Le fonctionnement actuel s’avère, au contraire, largement défavorable aux CdS puisqu’en l’espèce, la plainte d’un candidat suffit non seulement à disqualifier leur travail, mais également à demander un nouveau profil d’emploi lors de la remise du poste au concours. C’est en effet ce qui a été demandé lors du dernier CA restreint du 5 juillet 2010. Ce mode de fonctionnement s’exerce donc, au final, au détriment de la composante, qui avait voté le profil initial du poste de MCF à l’unanimité tant au niveau du conseil de l’institut d’urbanisme (IUAR), que du conseil du CRESS et du conseil de l’UFR de sciences sociales.
Pourquoi l’équipe de la Présidence tient-elle tant à reprofiler ce poste de MCF ? Et quelles sont ses intentions sur le poste de PR ? Son insistance à faire ingérence dans les besoins de l’UFR jette un doute sérieux sur son impartialité. Qui cherche-t-elle à favoriser par ces annulations ? On peut légitimement se poser la question quand on sait qu’une candidate sur le poste de PR possède des liens familiaux avec le Vice Président RH de l’UdS qui a instruit les dossiers. On peut également se poser la question quand on sait que cette candidate ne s’est finalement pas présentée à l’audition à laquelle elle avait été convoquée, se désistant peu de temps avant l’audition : un autre scénario aurait-il été conçu ? Enfin, on peut se poser la question quand on sait que cette candidate connaît fort bien le candidat au poste de MCF qui n’a pas été auditionné et travaille avec lui – il est membre du bureau d’un réseau thématique qu’elle coordonne et il s’est explicitement réclamé de sa proximité avec elle dans la « plainte » qu’il a adressée par mail.
L’UdS est en train d’expérimenter, sous nos yeux, le passage en force de l’équipe de la Présidence dans la gestion des recrutements des UFR. Profitant des compétences que lui procure la LRU, affirmant haut et fort que le CA est souverain et qu’il n’a pas à justifier ses décisions, elle abuse ouvertement de ce pouvoir tout neuf pour organiser des cooptations en faveur des factions les plus influentes.
L’UdS, qui se veut pionnière en matière de mise en oeuvre de la LRU, est en train de prouver que cette loi permet les favoritismes de tous ordres, les réseaux d’influences et les manoeuvres officieuses. L’argument du traitement équitable des candidatures est brandi comme un paravent qui permet de dissimuler des pratiques d’autant plus inacceptables qu’elles portent de facto préjudice à l’ensemble des candidats qui se sont déplacés pour ces concours.
Dans la situation de précarité généralisée que connaissent les candidats aux emplois de l’enseignement supérieur, dans une période où les équipes de recherches sont sous pression et soumises à des évaluations récurrentes, SUD dénonce avec vigueur le gâchis que représentent ces annulations et soutiendra les poursuites en justice auxquelles elles appellent.
SUD appelle également à ce qu’une réflexion soit collectivement engagée pour éviter à l’avenir ces « affaires » qui coûtent tant de temps et d’énergie, et qui jettent sur les décisions de l’UdS l’ombre du soupçon et de la méfiance. SUD demande l’établissement clair, dans le cadre d’une réflexion commune et démocratique, de règles officielles et connues de tous qui donneraient le cadre institutionnel nécessaire aux recrutements au sein de notre université : la question du rôle des « comités d’experts » élus récemment, la constitution des comités de sélection, le rôle du CA seraient également à définir.
L’université que nous voulons est une université qui agit en toute transparence et dans le respect d’une vie démocratique : à l’Université de Strasbourg, en ce moment, cette vie « démocratique » n’en a que le nom.